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Au détour de l’amour (Chapitre 1: Rencontre du 3e type… avec un ange !)

 Merle africain.       

          Assez lentement, j’ouvris les yeux, réveillé par un vague mais délicieux bruit qui provenait du côté de la fenêtre ouverte. Les rayons du Soleil – qui inondaient déjà ma chambre et m’agaçaient légèrement la vue – me firent comprendre qu’il faisait jour. Je m’étirai longuement, rassasié de sommeil. Au fil de quelques secondes, le bruit que j’avais entendu se précisa pour devenir une belle et agréable mélodie. Ma chambre qui se trouvait à l’étage, donnait sur le bien coquet jardin de la maison. Et sur l’une des branches de l’unique tulipier du Gabon du jardin qui tutoyaient la fenêtre de ma chambre, était perché un merle africain qui s’en donnait à cœur joie. Je venais ainsi d’identifier le gentil importun, l’auteur de mon délicat réveil. Je rampai délicatement vers le bord du lit, en direction de la fenêtre. Je ne tenais surtout pas à effaroucher l’oiseau et qu’il s’en aille. Celui-ci ne semblait par ailleurs nullement s’inquiéter de mes mouvements ; il poursuivait tranquillement son chant avec la même dextérité. Maintenant, je le voyais bien mieux. Je voyais assez distinctement l’iris brun clair de ses petits yeux et son bec orange, duquel s’échappait son chant. C’était la première fois que j’en voyais un d’aussi près, bien que plusieurs de ces oiseaux nichaient dans les arbustes du jardin. Ils étaient d’ordinaire assez craintifs mais, cela n’était manifestement pas le cas de mon ami que voici. Tout en l’écoutant et en l’observant, j’eus la curieuse sensation qu’il me fixait et que cette jolie mélodie qui s’échappait de son bec, il l’avait composée rien que pour moi. On aurait dit qu’il entendait partager avec moi une émotion ; une émotion joyeuse et singulière. Plus curieux encore, maintenant que j’y pensais, c’était non seulement le fait qu’après toutes ces années je n’avais encore jamais été tiré du sommeil par le chant d’un merle africain (je n’en avais pas le souvenir en tout cas) mais surtout, ayant à maintes fois entendu chanter ces oiseaux, je n’en avais jamais été particulièrement séduit par le chant. C’était pour le moins étrange; une banalité quotidienne qui du jour au lendemain devenait une véritable découverte, un véritable voyage pour l’ouïe. Je partageais, en cette matinée, avec cet oiseau, avec la nature, un moment vraiment privilégié.

          Ce samedi 09 juin 2012 commençait bien !

          Quelques minutes plus tard, mon petit compagnon m’ayant brusquement quitté, il était temps de passer à autre chose. Je sortis donc du lit avec l’intention de prendre ma douche matinale. C’est là, de la journée, un des moments que je préfère le plus.

          C’était l’esprit léger et le visage rayonnant de bonne humeur que je dévalai, une demi-heure plus tard, les vingt-quatre marches de l’escalier, direction la cuisine. En passant près du réfrigérateur, j’aperçus un petit mot qui y était inscrit. C’était un mot de ma mère qui m’était adressé, disant : « Coucou Roldan ! Bien réveillé ? On rentrera un peu tard ce soir ton père et moi. Ne nous attendez donc pas pour dîner. Au fait, sois gentil pour une fois, termine ton petit déjeuner. Bonne journée à toi mon chéri. Gros bisous ! »

          Vous l’aurez sans doute compris, je m’appelle Roldan !

          Ma mère m’avait soigneusement préparé mon petit déjeuner avant de s’en aller au boulot, comme d’habitude. Elle avait toujours insisté pour que toute la famille prenne le petit déjeuner ensemble mais avec moi, grand amateur de grasse matinée, surtout pendant les vacances comme cela était présentement le cas, c’était peine perdue puisque j’étais presque toujours le dernier à sortir du lit. A dire vrai, j’étais toujours le dernier à sortir du lit (j’étais par contre toujours le dernier à  y entrer). Elle avait donc fini par se résigner mais me préparait chaque fois qu’elle le pouvait mon petit déjeuner.

          Entre deux bouchées de tartine, je jetai un coup d’œil à ma montre. Elle m’indiqua qu’il était pratiquement dix heures. Je me dépêchai donc d’avaler mon assiette car il ne fallait absolument pas que je manque ne serait-ce qu’une miette du grand documentaire que présenterait d’une minute à l’autre National Geographic Channel sur l’Univers.

          Le documentaire en question débutait justement quand je mis en marche la télé. Depuis tout petit, j’ai toujours bien aimé regarder des documentaires à la télé. Je les trouve très pratiques pour apprendre un grand nombre de choses en un court laps de temps. Et si je tenais particulièrement à voir celui-ci, c’était pour en apprendre plus sur cette supposée formation de l’Univers.

          Personnellement, ça me fait parfois sourire de voir toutes ces théories scientifiques qui tentent chacune d’expliquer la formation de l’Univers et l’origine de la vie sur Terre. J’estime que certaines (je dis bien certaines) sont franchement décalées. La plus célèbre d’entre toutes les théories est sans doute le Big Bang, cette gigantesque et fameuse explosion qui serait à l’origine de l’Univers et donc de tout ce qui le compose. Ainsi, le fonctionnement du Système solaire selon des lois physiques très précises et avec une régularité prodigieuse ou encore, la position unique de la Terre dans le Système solaire par rapport au Soleil qui a permis et permet à la vie de se développer, ne seraient que le résultat heureux de cette explosion. Quant à la vie sur Terre, elle est censée être née dans les océans du globe et aurait évolué jusqu’à sa forme la plus élevée c’est-à-dire l’être humain, par le moyen d’une série de changements biologiques qui se seraient produits sur des millions d’années. Et oui, selon la théorie évolutionniste, les espèces ont évolué progressivement. Cette évolution des espèces se serait effectuée au cours des âges par des variations ou mutations aléatoires, soumises à la pression sélective du milieu ; la fameuse « sélection naturelle ». Ainsi, l’Homme ne doit son existence qu’à une incroyable série d’événements aléatoires ; à un pur hasard. Même si ce hasard peut nous sembler formidablement complexe, minutieux … heureux, il n’en demeure pas moins qu’il s’agisse bel et bien d’un hasard. Que les choses soient claires cependant, ne voyez pas dans mes propos une remise en cause du Big Bang. Là où je veux simplement en venir, c’est que contrairement à ce qu’avancent certains scientifiques, le Big Bang, s’il a eu lieu, ne peut en aucun cas être le fruit du hasard. Il n’est pas besoin d’être un expert en explosion pour comprendre que d’une explosion, ne peut naître quelque chose d’harmonieux.  Certainement pas quelque chose d’aussi harmonieux et complexe que l’Univers en tout cas. Je pense alors que le Big Bang et tout ce qui en a résulté ne sont que l’œuvre d’une Intelligence qui nous est hautement supérieure et que nous avons de la peine à appréhender ; de Dieu par conséquent. Pour moi Dieu est à l’origine de tout. L’Homme a toujours eu peur de l’inconnu ou du moins en a toujours été fortement intrigué. C’est pourquoi il a toujours tenu à trouver une explication rationnelle à tout ce qui dépasse son entendement parfois si limité. Et quand bien même celle-ci serait erronée ou même inepte, il s’en accommode volontiers. Au moins, elle lui parait logique et a le mérite de rendre connu l’inconnu et dans une certaine mesure, l’arrange même. 

          J’étais rivé au documentaire quand la sonnette de la porte d’entrée retentit. Je n’y prêtai d’abord pas vraiment attention mais, elle retentit de nouveau et se fit même plus insistante. Je me levai alors, histoire d’aller voir qui c’était. Je jetai un coup d’œil à travers le judas; c’était Matt! Je ne sais pas pourquoi j’étais surpris de le voir là, il m’avait pourtant prévenu la veille qu’il passerait à cette heure-ci. En fait, j’avais complètement oublié.   

          Matt est un ami. J’avais banalement fait sa connaissance il y a à peine trois mois, lors d’un séminaire organisé à l’université. Et depuis lors quand on se voyait en amphi, on échangeait de brèves amabilités. Puis, un beau jour que je revenais de mon cours de guitare, guitare en main, je suis tombé sur lui et là, nous avons plus amplement fait connaissance. On s’est aperçu bien assez tôt qu’on avait tous les deux une passion commune pour la musique. Il se trouva par ailleurs que nous n’habitions l’un et l’autre, pas si loin que ça puisque nos rues se faisaient pour ainsi dire face. Matt est quelqu’un de vraiment sympa, qui a toujours un petit mot à dire quel que soit le sujet.

          Quand je lui ouvris la porte, je m’aperçus, un peu surpris, qu’il n’était en fait pas seul. Il y avait avec lui deux filles qui ne pouvaient être vues à travers le judas de par leur position.   

          Je les priai tous de bien vouloir entrer, ce qu’ils s’empressèrent de faire. Je les conduisis dans le salon et après les avoir invités à faire comme chez eux, je me rendis prestement à la cuisine leur chercher à boire.

          Aussitôt entré dans la cuisine, je refermai automatiquement la porte derrière moi et m’y adossai. Je restai ainsi immobile un moment. J’avais le souffle court, mon cœur battait plus vite que la normale et mes mains étaient toutes moites. On aurait dit que j’avais vu un ange. Mais oui, c’en était sûrement un ! Vu sa belle chevelure d’un noir intense et brillant, la finesse de sa taille, son magnifique teint clair, ses beaux yeux noirs en amande, son charmant sourire, ses belles mains bref, vu son indéniable et saisissante beauté, c’est évident qu’elle ne pouvait qu’être un ange (on ne s’en doute pas forcément certes, mais c’est fou tout ce que l’on peut remarquer en un coup d’œil).   

          Au fait, qu’étais-je venu faire dans la cuisine déjà ? Ah oui, leur chercher à boire ! J’optai de leur servir un bon jus de citron fais maison. Tous s’en délectèrent. Je m’en doutais bien, personne n’a jamais résisté au jus de citron de ma mère. 

          Après plusieurs gorgées, Matt posa son verre et entreprit enfin de me présenter ses amies. Faut dire qu’il était grand temps, je commençais très sincèrement à désespérer. 

          C’est ainsi que je fis la connaissance de Laetitia et de Roxy, toutes deux sœurs. 

          Roxy ! L’ange s’appelait donc Roxy !   

          Matt m’expliqua que les filles et lui se connaissaient depuis bien des années, depuis sept ans maintenant. Ils habitaient le même immeuble et leurs mères étaient en outre d’excellentes amies. Je n’en revins pas de l’apprendre mais, les deux sœurs étaient elles aussi, en première année de droit dans la même université que moi. Toute une année universitaire s’était donc écoulée sans que je n’aie remarqué une seule fois l’une comme l’autre alors que nous nous retrouvions chaque jour dans le même amphi. C’est vrai que deux cents étudiants ça fait beaucoup mais, je croyais avoir plus ou moins cerné tous les visages. Et un visage comme celui de Roxy, croyez-moi, il ne peut (normalement) passer inaperçu.

          Les présentations d’usage terminées, l’attention de mes visiteurs se déporta soudainement vers la télé où le documentaire continuait inlassablement son cours. Matt –  comme il fallait bien s’en douter – fit alors un commentaire qui nous plongea, à notre insu, dans une passionnante et interminable conversation qui, au fil des minutes, s’éloigna progressivement du sujet initial pour en arriver à des questions relatives à la fac puis, par un énième soubresaut, à nos souvenirs d’enfance.   

          Roxy, Matt puis Laetitia racontèrent leur plus beau souvenir d’enfance, chacun essayant tant bien que mal de communiquer aux autres toute l’émotion s’y rattachant. Puis, ce fut mon tour. Je les prévins que le mien risquait d’être un peu plus long que les leurs. Mais qu’à cela ne tienne, tout ce qui les intéressait en cet instant précis, c’était que je le leur raconte. Aussi me dissuadèrent-ils de toute tergiversation.

          Je leur racontai alors mon meilleur souvenir d’enfance, lequel était un souvenir d’école. D’ailleurs, je veux bien le partager avec vous aussi.

          J’avais encore trois ans quand mes parents m’envoyèrent à l’école. Vu que j’avais pour mon âge l’esprit plutôt vif et que je manifestais constamment le désir d’y aller, ils jugèrent bon voire impératif de le faire. Mon père préféra, je ne sais trop pour quelle raison, m’inscrire en première année de cours préparatoire plutôt qu’à la maternelle. J’avais toujours voulu moi aussi  faire comme mes frères ; apprendre par cœur ces trucs qui se trouvaient dans leurs cahiers et qu’ils appelaient leçons pour ensuite, les réciter auprès de mon père ou de ma mère. Je trouvais ça drôle et amusant vous savez ! J’étais désormais élève comme mes frères, j’allais enfin  pouvoir m’amuser vraiment. Cependant, voilà déjà plusieurs semaines que je me rendais régulièrement à l’école mais que le maître ne nous faisait faire à moi et aux autres élèves que de gros points et autres arabesques bizarroïdes dans nos cahiers. A croire qu’il ignorait tout de l’existence des leçons lui. Je ne voyais pourtant pas l’intérêt de ces trucs moi. J’avais fait le choix de l’école uniquement pour les leçons et sans ça, je ne voyais vraiment pas pourquoi je continuerais à y aller. Je fis donc part de mon ras-le-bol à ma mère qui pour me rassurer fit mine d’ordonner à ma nounou d’en toucher un mot à mon maître. J’étais si content, je savais bien que je pouvais compter sur maman ; elle avait toujours su trouver solution à tout. Le lendemain matin, ma nounou me conduisit à l’école jusque dans ma salle de classe comme d’habitude et là, à ma grande surprise, elle s’en alla sans mot dire. Le maître était pourtant présent. Elle s’en était donc allée sans lui dire ce qu’il était convenu qu’elle dise. Je n’en revenais pas, ma nounou tant adorée venait de me trahir ! J’étais donc là, assis, bouillonnant de rage et d’amertume quand me vint à l’esprit cette phrase que disait souvent le maître : « On est jamais si bien servi que par soi-même ». C’est alors que moi, Roldan,  d’ordinaire si timide, je pris mon courage à deux mains et, gonflé à bloc, je m’avançai auprès du maître et lui dis à peu près ceci : « Monsieur, je suis fatigué de faire point-point. » Le maître parut un instant estomaqué puis, subitement, pouffa de rire. Depuis bien des années maintenant qu’il enseignait, aucun de ses élèves, encore moins du cours préparatoire n’était venu se plaindre à lui comme je venais de le faire. Aucun apparemment n’en avait jusque là eu le courage. Le maître parvint à se contrôler et cessa de rire. Il me regarda alors droit dans les yeux et me promit qu’on n’aurait plus jamais à faire de point-point. Je retournai alors à ma place tout fier de moi, tout fier de ce que je venais de réaliser. Je venais de remporter la toute première victoire de ma vie. Le soir même, mon maître puisqu’il connaissait bien mes parents, passa à la maison leur raconter le petit évènement qui s’était déroulé le matin à l’école. Mon père et ma mère n’en crurent pas leurs oreilles d’apprendre que leur garçonnet alors si timide ait eu le courage de faire pareille chose. Ils eurent ce jour-là, une belle raison d’être encore plus fiers de moi. Et vous savez aussi bien que moi que quand on est enfant, l’une sinon la chose qui importe le plus, c’est de savoir ses parents fiers de soi. 

          Mon récit plut visiblement à mes chers visiteurs et tout particulièrement à Laetitia qui s’était bien marrée.  

          Tout le temps qu’on était là à bavarder de choses et d’autres, j’avais un mal fou à détacher les yeux de Roxy. Détourner mon regard d’elle avait quelque chose de douloureux. Et le décor d’alentour semblait manquer toujours plus de couleur chaque fois que je m’efforçais de le faire. Je ne la regardais pas ouvertement mais plutôt du coin de l’œil. J’ose espérer que personne n’avait repéré mon manège.

          Roxy était belle, vraiment belle ! La robe rouge à pois noir et blanc qu’elle portait et qui s’arrêtait à la naissance de ses genoux, épousait parfaitement sa silhouette fine et cependant généreuse. Il se dégageait de son visage – lequel semblait avoir été artistiquement façonné dans une fine couche de porcelaine – une si grande expression d’innocence qui, je dois le reconnaître, avait quelque chose d’intrigant et de séduisant à la fois. Ses yeux avaient un étrange mais charmant aspect cristallin. On avait l’impression de se noyer dans la profondeur de son regard quand on s’y plongeait. Il y avait ce sourire, ce magnifique sourire qui ornait constamment son visage. Je crois n’en avoir jamais vu d’aussi sublime auparavant ou que si… celui de ma mère. Que dire de sa voix, elle était si tendre, si douce, si câline, si… enivrante, qu’on ne pourrait imaginer s’en lasser. Il y avait dans sa gestuelle, un savant dosage de grâce et d’assurance. Ses longs cheveux qui lui tombaient dans le dos, semblaient onduler à chacun de ses mouvements. 

Nola

          Je fus soudain tiré de ma contemplation par des jappements qui semblaient se rapprocher de nous. Nola, notre bichonne maltaise, venait de faire son entrée par l’une des portes du salon et se précipitait vers moi. Ses jappements n’avaient pas cessé. En fait, ils étaient adressés à l’un de mes visiteurs; à Matt comme toujours. Je ne saurais vous expliquer pourquoi, mais depuis leur toute première rencontre, elle semblait avoir bien du mal à le porter dans son cœur. Elle était même allée jusqu’à lui uriner dessus une fois. Elle, pourtant si aimable avec les visiteurs. Son attitude nous déconcertait, mais amusait énormément Matt. Il déclarait souvent que si Nola agissait ainsi à son égard, c’était seulement parce qu’elle était secrètement amoureuse de lui. Et comme elle était trop fière pour assumer cet amour, elle n’avait trouvé d’autre alternative que de le cacher derrière un simulacre d’agressivité.

          Je dus encore une fois menacer Nola de l’envoyer dans sa niche pour la voir revenir à de meilleurs sentiments et faire comme toujours sa danse de circonstance, contente d’avoir échappé à son sort.

          « Elle est adorable ta chienne ! » s’était écriée Roxy, en faisant de grands signes à la bichonne. Contre toute attente, Nola accourut à elle, grimpa sur ses genoux, et se mit aussitôt à lui lécher la joue. Ce geste me surpris vivement. C’était là, une marque d’attention à laquelle n’avaient jamais eu droit que Lou et moi jusqu’à ce jour.

          – Ma parole, c’est bien la première fois que je vois Nola lécher la joue d’une personne autre que ma petite sœur et moi, dis-je à Roxy.  

          « Nola ! » répéta t-elle en lisant ce qui était inscrit sur le collier fleuri qui ornait le cou de la bichonne. 

          – Qu’est-ce que cela signifie, qu’elle m’a adoptée ? questionna t-elle. 

          – Carrément ! lui répondis-je laconiquement, encore étonné de voir Nola autant à son aise sur les jambes de sa nouvelle amie. 

          – C’est cool, elle est si mignonne ! déclara t-elle en continuant de caresser les oreilles de Nola, comme si elle avait deviné que celle-ci adorait que l’on s’y attarde.  

          – Tu sembles aimer les animaux, constatai-je en l’observant.  

          – Je les adore tu veux dire ! renchérit-elle. Je me demande d’ailleurs comment cela se fait qu’il en soit autrement pour d’autres.  

          – Je me le demande aussi.

          Laetitia avait rejoint sa sœur pour couvrir d’attentions la bichonne. Les regardant s’amuser avec elle, Matt se leva dans l’intention de caresser Nola lui aussi (enfin, d’essayer en tout cas). Mais en le voyant s’approcher, celle-ci bondit des jambes de Roxy et courut aussitôt à moi. Cela nous fit tous rire. Pauvre Matt !

          Ça devait faire deux heures environ qu’on bavardait. Mes visiteurs demandèrent à prendre congé de moi. Je n’avais même pas vu le temps s’écouler. Et comme je voulais prolonger encore un peu le temps passé en leur compagnie, j’insistai pour les raccompagner et profitai de l’occasion pour connaître chez mes nouvelles amies. Nous fûmes à peine un quart d’heure plus tard chez celles-ci. Elles habitaient, avec leur sœur aînée, Dikha, un modeste mais ravissant appartement qui se trouvait six étages au-dessus de celui de Matt. Juste après que j’eus fait la connaissance de Dikha on s’en alla Matt et moi mais avant, je promis à mes amies de passer les voir un de ces jours.

          On avait à peine mis les pieds dehors et fait quelques pas que Matt me sauta dessus à coup de questions. Il voulait savoir ce que je pensais des deux sœurs. Surtout, ce que je pensais de la plus jeune. Il faisait allusion à Roxy. Ah ! Tout au long de cette visite, je m’étais demandé pourquoi Matt s’était pointé chez moi sans me prévenir qu’il serait accompagné de ces deux charmantes filles. Et pourtant, la réponse à cette question était si évidente. Matt s’obstinait à ne pas accepter le fait que je n’aie pas de petite amie. Il disait toujours que c’était un véritable crime qu’un garçon aussi mignon, aussi agréable et intelligent que moi soit seul. Aussi ne manquait-il jamais la moindre occasion de jouer les entremetteurs. Et donc en me faisant la surprise d’emmener Laetitia et Roxy chez moi, il avait espéré que je craque pour la dernière. Je lui répondis, mine de rien, que je les trouvais sympa. Comprenant sans doute que j’essayais de me dérober encore une fois, il insista avec cette curiosité qui le caractérisait, voulant absolument savoir si Roxy me plaisait ne serait-ce qu’un tout petit peu. Et comme précédemment, histoire de le narguer, je feignis une certaine indifférence, lui répondant alors que je la trouvais juste super jolie, sympa et qu’elle devait de toute évidence être bien intelligente. Il me regarda alors l’air dépité et n’insista pas plus que ça.

*

         Je passai toute l’après-midi à penser à Roxy. A peine même ai-je accordé de l’intérêt à mon cours de guitare. Cela n’avait pas échappé à ma prof qui inquiète, m’a demandé si j’allais bien. Je lui ai répondu avec un grand sourire que tout allait pour le mieux. Cependant, je ne crois pas que mon sourire l’ait pour autant convaincue, vu l’air dubitatif qu’elle avait alors affiché. Mais elle s’en était contentée tout de même. Et même le soir, j’eus une toute dernière pensée pour Roxy avant de succomber au sommeil, épuisé par toute cette émotion de la journée et par le poids de mes pensées.

Publié dans:Mon Best-seller ! |on 23 juillet, 2011 |Pas de commentaires »

Au détour de l’amour (chapitre 2: Confidences au parc !)

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          Cela faisait une semaine ! Une semaine au cours de laquelle je ne fis rien d’autre sinon penser à cette fille dont je ne savais pas grand chose mais qui, pour une raison que j’avais franchement du mal à appréhender, m’obsédait. Elle s’était installée dans mes pensées et refusait résolument d’en être délogée. J’avais longuement pensé à ce délicieux et incompréhensible trouble qu’elle avait suscité en moi. Pareille chose ne m’était encore jamais arrivée, aussi cela avait-il quelque chose d’assez inquiétant. Je luttais désespérément contre une incoercible et bien légitime envie de la revoir. Il fallait que je la revoie. Il fallait vraiment que j’en sache plus sur elle. Et il n’y avait aucune raison que j’attende encore plus pour cela. C’était donc décidé, je lui rendrais visite dans l’après-midi.

          Ce fut Dikha qui m’ouvrit la porte quand je sonnai.

          – Roldan ! En voilà une surprise! s’écria-t-elle tout en m’invitant à entrer. Comment vas-tu ?

          – Je vais bien, merci. Et toi ?

          – Bof ! Je n’ai pas à me plaindre. Eh bien, assieds-toi, dit-elle en me désignant un fauteuil de la main, alors que je me tenais encore debout dans le salon.

          Je m’exécutai.

          – Je t’offre quelque chose à boire ?

          – Non, merci. Ça ira.

          – Alors, que me vaut le plaisir de ta visite ? C’est bien moi que tu es venu voir n’est-ce pas ? me demanda-t-elle l’air sérieux.

          – Euh…

          – Je n’eus pas le temps de dire quoi que ce soit qu’elle continua :

          – Fais pas cette tête, je rigole ! Je sais bien que tu es venu voir mes sœurs. Laetitia n’est pas là. Elle est allée à la plage avec Kevin, son amoureux. Quant à Roxy, elle s’est rendue au supermarché mais ne devrait pas tarder à rentrer. Cela nous laisse donc un peu de temps pour essayer de faire véritablement connaissance tous les deux, qu’est-ce tu en penses ?

          – Je pense que c’est une excellente idée, approuvai-je avec un large sourire, surpris et ravi de cet accueil.

          Dikha m’expliqua qu’elle suivait un cycle ingénieur en audit. Il suffisait juste de l’écouter en parler pour s’apercevoir que cela la passionnait. Je n’aurais pas pu en dire autant de mes études de droit. Pas que cela me déplaisait. Bien au contraire, j’adorais le droit. Mais de toute évidence pas autant qu’elle, adorait l’audit. Elle était aussi une fana de télé et de cinéma en particulier. Là encore, on ne mettait pas bien longtemps à comprendre que le sujet la passionnait et qu’elle y était incollable. Elle avait regardé un nombre impressionnant de films et avait une manière si particulière et si profonde d’en parler que je crus même un certain moment qu’elle, ou moi peut-être, en tout cas l’un de nous deux, avait forcément dû regarder une version différente de la version originale du film Le négociateur dans lequel, Samuel Jackson tenait le rôle principal.

          J’écoutais Dikha avec une grande attention. Elle dut cependant interrompre son attrayant discours sur le cinéma pour répondre à un coup de fil.

          Subitement, des propos qu’elle avait tenus bien plus tôt s’imposèrent à mon esprit. On aurait dit que c’était maintenant qu’ils me parvenaient : « Laetitia n’est pas là. Elle est allée à la plage avec Kevin, son amoureux. » Ainsi, Laetitia avait un amoureux. Soit ! Mais Roxy ? En avait-elle un également ? Assez étrangement, la perspective qu’elle en ait un elle aussi ne m’enchanta pas beaucoup. Vraiment pas !

          On sonna à la porte. Dikha, toujours en ligne, sembla alors vouloir se lever mais, je la devançai, lui faisant signe de ne pas se déranger, que j’irais voir qui c’était.

          C’était Roxy ! Elle avait les mains bien trop chargées pour pouvoir ouvrir la porte toute seule et semblait très surprise de me voir la lui ouvrir. Je lui ravis aussitôt ses courses des mains.

          – Où est-ce que je dépose tout ça ? lui demandai-je.

          – Dans la cuisine si tu veux bien. Suis-moi.

          Revenus de la cuisine, Roxy déclara :

          – Ben si je m’attendais à te voir ici ! Ça fait longtemps que t’es là ?

          – Ouais ! Depuis suffisamment longtemps pour savoir que Dikha est raide dingue de cinéma en tout cas, plaisantai-je.

          Cela fit sourire Dikha, qui avait terminé son appel.

          – Et moi de m’apercevoir que Roldan est d’une agréable compagnie.

          – Ça c’est gentil ! 

          – J’avais Sandy au bout du fil tout à l’heure, s’adressa Dikha à Roxy. Elle m’a demandé, du moins, m’a supplié de passer immédiatement la voir. Elle dit s’ennuyer de moi. Vu que là maintenant je suis libre, je vais y aller.

          Elle disparut dans une pièce et en ressortit presqu’aussitôt avec un petit sac à main.

          – J’espère, Roldan, que tu ne m’en voudras pas trop de t’abandonner, s’inquiéta-t-elle.

          – Si, quand même ! Mais je crois bien que je parviendrai à te pardonner, la rassurai-je.

          – Oh ! Merci infiniment, dit-elle, jouant le jeu. De toute façon, je te laisse entre de bonnes mains. Et j’espère te revoir bien assez tôt pour qu’on poursuive notre discussion.

          – Compte sur moi. 

          Là-dessus, elle embrassa Roxy, lui chuchota rapidement quelque chose à l’oreille et, s’en alla.

          – A ce que je vois, vous êtes déjà de très grands amis Dikha et toi, lança Roxy avec une once de malice dans la voix.

          – Ouais ! Elle est super sympa ta sœur. Depuis le moment où elle m’a ouvert la porte jusqu’à ton arrivée, elle s’est comportée envers moi comme si on se connaissait depuis longtemps. Je dois reconnaître que cela m’a agréablement surpris.

          – Dikha a toujours eu le sens de l’accueil. S’il existait un prix à cet effet, je suis persuadée qu’elle l’obtiendrait haut la main. Il me semble en outre qu’elle t’apprécie.

          – Je voterais pour elle en tout cas.

          – Ainsi, t’es venu nous voir ! s’exclama-t-elle. C’est vraiment dommage que Laetitia ne sois pas là.

          – Oui, dommage. Mais pour être honnête, je dois avouer que c’est surtout toi que je suis venu voir, dis-je spontanément.

          La spontanéité de mon propos me surprit ; les mots avaient surgi sans une autorisation expresse de mon cerveau. Il y eut un léger silence qui eut pour effet de créer une certaine gêne chez moi. S’en étant peut-être aperçue, elle déclara :

          – C’est marrant, moi aussi j’envisageais passer te voir cette après-midi mais Matt m’a conseillée de ne pas me donner cette peine car tu serais sûrement à ton cours de guitare.

          – En effet, je devais y être comme chaque samedi mais ma très chère prof, madame Kadjo, est grippée.

          – Oh, j’espère qu’elle se rétablira vite ! compatit Roxy.

          – T’en fais pas pour elle, elle s’en remettra.

          – Ok. Ça fait longtemps que tu prends des cours de guitare ?

          – Depuis bientôt sept mois maintenant.

          – Et tu t’en sors ? me demanda-t-elle avec une certaine prudence qui me fit sourire intérieurement.

          – Disons que je ne me défends pas trop mal.

          – Moi je ne sais jouer d’aucun instrument mais si je devais prendre des cours, ce serait sûrement de piano car j’aime bien le piano.

          – J’aime bien ça moi aussi. J’en ai même quelques notions, mais je n’y joue pas souvent, vu que je suis loin d’éprouver du plaisir comme j’en éprouve immanquablement chaque fois que je joue de la guitare.

          – A t’entendre, je devine que tu aimes beaucoup la musique.

          – C’est exact ! La musique est ce qui me passionne le plus dans la vie.

          – Eh bien, tu me le prouveras en me jouant quelque chose avec ta guitare un de ces jours, n’est-ce pas ?

          – D’accord ! lui promis-je en souriant.

          – Super !

          – Et toi, qu’est-ce qui te passionne ?

          – Ce qui me passionne…

          Elle était hésitante. Et il sembla même que ma question l’avait légèrement mise mal à l’aise.

          – Il y a bien un truc qui te passionne, n’est-ce pas ?

          – Euh…oui, le problème c’est que j’aime des tas de choses. Et du coup, j’ai un peu de mal à en mettre une en avant.

          – Ok, je vois.

          C’était clair, ma question l’avait perturbée. Je trouvais cela curieux car je ne voyais vraiment pas ce qu’il y avait de dérangeant.

          – Dis, et si on allait flâner un peu au parc ? suggéra-t-elle soudainement. J’y vais aussi souvent que possible, ça me détend.

          – Pourquoi pas ! Ça tombe bien, j’avais justement besoin de me dégourdir les jambes. 

          – On y va alors, dit-elle s’étant levée.

          – Je te suis.

*

       Le parc 

          L’atmosphère du parc La Randonnée était chaleureuse comme tous les week-ends. Des gamins couraient dans tous les sens, n’en finissant pas d’irriter leurs parents qui tentaient tant bien que mal de les rappeler à l’ordre. Je revoyais à travers eux la même espièglerie dont je faisais moi aussi constamment preuve il y a plusieurs années, lors de nos traditionnels pique-niques en famille dans le parc. Ce parc avait été un témoin privilégié de ma joyeuse enfance. Il avait vu tout mon bonheur de profiter chaque week-end de la compagnie de ma famille mais également de celle de mes amis. Je regardais les arbres du parc, d’agréables souvenirs plein la tête. C’est connu, c’est toujours un plaisir pour un enfant de grimper aux arbres. Aussi profitais-je toujours de la moindre inattention de mes parents pour me retrouver au cœur des feuillages. N’en déplaisait à ma mère qui à chaque fois qu’elle m’y surprenait, me faisait savoir son mécontentement par de copieux houspillements. Mais je recommençais chaque fois que l’occasion se présentait. Grimper aux arbres était un plaisir trop tentant et aussi, j’étais à l’époque ce que l’on aurait pu qualifier d’enfant turbulent.

          Nous marchions depuis presque dix minutes dans le silence. Ce fut Roxy qui la première, le brisa.

          – Alors Roldan, et si tu me parlais un peu de toi.

          – De moi ? Qu’aimerais-tu savoir par exemple ?

          – Je ne sais pas trop moi… tu as des frères ? Des sœurs ?

          – Ouais, j’ai trois frères et deux sœurs. L’aînée, Vanessa, est mariée et mère de quatre enfants : Anne-Sarah, Eunice, Yohann et Liliah. Marc qui la suit, est dans la marine. Ensuite viennent Ben et Yann, qui vivent en Suisse où ils ont monté une petite boîte d’informatique après leurs études. Et enfin Inès, mon emmerdeuse de petite sœur que j’appelle affectueusement Lou.

          – C’est ainsi que tu parles de ta petite sœur ?! s’étonna-t-elle.

          – Oh, ne prends surtout pas trop à la lettre le terme que je viens d’utiliser car contrairement à ce que tu peux penser, il cache une grande réalité affectueuse. Si j’ai employé ce terme, c’est seulement parce qu’elle est un peu casse-pieds parfois. Mais au fond, je l’aime ainsi. Inès a treize ans et est en classe de quatrième. C’est une fille pétillante de vie, d’espièglerie, de bonté et d’intelligence. Elle donne toujours l’impression d’être une dure à cuire – et elle l’est. Mais elle est au fond beaucoup sensible et a un grand cœur ; elle viendrait en aide à tous les enfants nécessiteux du monde si elle en avait le pouvoir. Je me souviens avoir été à l’époque de sa naissance profondément déçu de constater qu’elle était une fille car vois-tu, maman m’avait toujours dit qu’elle me ferait un petit frère. Alors si jeune et naïf que j’étais, bien grande fut ma déception de constater le contraire. Il parait même que j’ai boudé mon plat préféré ce jour-là; moi je n’ai pas ce souvenir. Mais tout ça, c’était il y a bien longtemps maintenant. Je n’en veux plus à maman de s’être « quelque peu trompée. » Inès compte beaucoup pour moi même si je ne le lui fais peut-être pas savoir assez souvent. De tous, elle est de loin ma préférée.

          – Ça se voit tu l’aimes beaucoup !

          – C’est vrai, j’aime énormément ma jolie petite sœur. Je crois d’ailleurs qu’elle est la personne à qui je tiens le plus.

          – Il me tarde déjà de faire sa connaissance. Elle n’était pas là l’autre fois, n’est-ce pas ?

          – Non, elle était chez sa copine, Evelyne. Puisque tu tiens à faire sa connaissance, autant te prévenir d’une chose importante à son sujet : Inès est très taquine. C’est plus qu’une seconde nature chez elle, c’est un véritable don. Elle semble avoir, comment dirais-je… une prédisposition à agacer gentiment les gens. Figures-toi par exemple qu’elle accuse sans cesse nos parents de « discrimination familiale. » Elle dit qu’ils se sont assurés de donner à chacun de leurs enfants un frère ou une sœur mais à elle, ils ne lui ont strictement rien donné.

          – Quand on y pense, elle n’a pas tout à fait tort, déclara Roxy en se marrant.

          – Pas tout à fait, ouais. Mais il n’y a qu’elle pour sortir un truc pareil.

          – Tu sais, moi aussi bien que j’adore mes deux grandes sœurs, j’ai aussi ma préférée, me confia-t-elle.

          – Laetitia je parie ! la devançai-je.

          – C’est bien elle, en effet. Comment l’as-tu deviné ? me demanda-t-elle un peu étonnée.

          – Ça crève les yeux ; j’avais remarqué l’autre fois la grande complicité qui existe entre vous.

          – Tu es très observateur, constata-t-elle. C’est vrai que nous sommes très proches et beaucoup complices Laetitia et moi. L’éducation que nous avons reçue y est sans doute pour beaucoup. Notre mère nous a toujours appris à s’aimer et à se soutenir mutuellement.

          – Je peux savoir combien d’années il y a entre vous ?

          – Deux ans. Elle a dix-neuf ans et moi, dix-sept.

          – Quant à moi, j’en ai dix-huit. Au fait, vous avez des traits de ressemblance très prononcés toutes les deux.

          – Il semble, en effet, qu’on se ressemble beaucoup. C’est fréquent qu’on nous prenne pour des jumelles.

          – On ne peut clairement pas en vouloir à ceux qui font cette erreur.

          – Probablement.

          Puisqu’on parlait en marchant, je regardais de temps à autre Roxy. Curieusement, elle paraissait maintenant légèrement essoufflée et pâle. Cela attira donc tout naturellement mon attention.

          – Tu vas bien ? Je te trouve un peu pâle ! m’inquiétai-je.

          – Oui, ça va, répondit-elle simplement, c’est juste que je suis un peu fatiguée.

          Alors que je continuais de la scruter, elle s’écria :

          – Eh, mais ils sont marron tes yeux !

          – Je crois bien, oui ! acquiesçai-je, amusé par sa soudaine découverte.

          – Mais comment ça se fait que ce soit seulement maintenant que je m’en aperçois ? déclara-t-elle manifestement étonnée.

          – Oh tu sais, on ne voit pas forcément ce que l’on n’observe pas véritablement, lui fis-je remarquer, un brin philosophe.

          – D’après ce que je constate, t’as parfaitement raison. Ils sont magnifiques, ajouta-t-elle d’une voix nettement menue (mais pas assez pour passer inaperçue à mes oreilles).

          – Ah bon ! C’est gentil, merci.

       Sur les epaules de mon pere

          On aperçut un banc au pied d’un gros arbre, et on décida de s’y asseoir un moment avant de poursuivre notre flânerie. Il y avait en face de nous un père qui jouait allègrement avec sa fillette. Il la lançait dans les airs et elle éclatait d’un rire joyeux et hystérique. Quand il faisait mine de la poser, elle criait « papa, encore une fois ! » Et alors, il recommençait encore et encore. Il le fit, jusqu’à ce qu’épuisé, il la posa à terre. La fillette semblait essoufflée à force de rire et de hurler. Cependant, il n’était pas question pour elle d’arrêter de jouer. Elle s’accrocha aux bras de son père et s’y balança avec frénésie. On pouvait parfaitement lire sur son visage et à travers ses actes, cette joie et cette désinvolture caractéristiques des enfants heureux. Dans un mouvement maladroit, sa tête heurta le coude de son père et elle eut mal. Son père se baissa aussitôt à son niveau pour la consoler. Il lui disait des paroles que nous n’entendions certes pas, mais dont on devinait bien toute la tendresse. La fillette ne tarda pas à retrouver le sourire, qui lui avait momentanément échappé. Elle enroula alors amoureusement et longuement ses bras autour du cou de son père. Ces deux-là étaient manifestement très complices, un peu comme peuvent l’être de jeunes amoureux. Il était évident que des liens très forts les unissaient. Au bout d’un moment, le père souleva sa fille, la porta sur ses épaules et tous deux commencèrent à s’éloigner.

          Roxy et moi les regardions tout ce temps calmement. Alors qu’ils s’éloignaient, je me tournai vers elle ; elle les accompagnait intensément du regard. Il y avait dans ses yeux une étrange lueur ; comme un mélange de découverte, de tendresse et de mélancolie.       

          – Ils sont mignons à voir, tu ne trouves pas ? … Roxy !

          – Quoi, tu me parlais ? sursauta-t-elle.

          – Oui, mais tu étais visiblement ailleurs.

          – Désolée ! Qu’est-ce que tu disais ?

          – Je disais que je trouvais ce monsieur et sa fillette mignons, pas toi ?

          – Si si, beaucoup même ! renchérit-elle.       

          – A propos, Roxy, où est-ce qu’ils sont tes parents si je puis me permettre ?

          – Ma mère vit à San Pedro; elle y est vétérinaire. Mon père lui, est décédé alors que je n’avais que deux ans ou trois, je ne sais plus trop.

          – Oh, je suis vraiment navré ! dis-je confus.

          – Tu n’as pas à être navré. Pourquoi le serais-tu ? Tu n’y es pour rien à ce que je sache, dit-elle en grimaçant un petit sourire triste.

          Je ne trouvai rien à redire. Je m’en voulais et j’étais un peu mal à l’aise car j’avais la sensation d’avoir réveillé une vielle plaie. Je comprenais, du coup, pourquoi elle avait suivi la scène de tout à l’heure avec un intérêt aussi marqué. On avait assisté ensemble à la même scène et pourtant, nous l’avions vécue de toute évidence d’une manière radicalement différente. Pour moi, c’était juste un père qui jouait avec sa fille – comme il pouvait y en avoir des dizaines d’autres en ce moment même dans le parc. Mais pour elle, ce moment intense de partage entre ce père et sa fille devait sans doute être quelque chose de beaucoup plus complexe et profond. C’était au mieux ce dont elle avait eu droit mais dont elle avait été privée très tôt, trop tôt  pour s’en souvenir, ou dont elle ne gardait qu’un vague et si lointain souvenir. Au pis, c’était ce à quoi elle n’avait jamais eu droit et auquel elle n’aurait hélas jamais droit. Peu importe ce qu’il en était réellement, ces deux éventualités étaient tout simplement…affreuses ! 

          Un pesant silence s’était installé. Il n’était troublé que par les sifflements du vent à travers le feuillage des arbres, et par quelques sifflotements d’oiseaux. Roxy était calme mais avait l’air songeuse et semblait fixer quelque chose droit devant elle.

          – Mon père me manque ! annonça-t-elle brusquement. C’est plutôt étrange, non ? Comment peut-il me manquer alors que je ne l’ai pour ainsi dire pas connu. Je ne le connais véritablement qu’à travers des photos, les souvenirs de Dikha et ce que ma mère m’a raconté à son sujet. Souvent, il m’arrive d’essayer de me souvenir de quelque chose, n’importe quoi le concernant mais, en vain. Je n’ai aucun souvenir propre de lui. Quand j’étais plus jeune, cela me faisait de la peine d’entendre souvent certaines copines parler de leur père et de toutes ces choses qu’ils faisaient ensemble. Au plus profond de moi, je les enviais sincèrement. J’aurais tant aimé avoir un père qui me gronderait quand j’aurais fait une bêtise, qui me prendrait sur ses épaules et me ferait voir le monde, qui serait mon roi et dont je serais la princesse. Des fois, j’aime à penser que pas mal de choses auraient pu être différentes, non, auraient été différentes s’il était encore là. Aucun enfant ne devrait grandir privé de l’un de ses parents ou carrément des deux. Aucun !

          Elle marqua une courte pause puis reprit :

          – Depuis le décès de mon père, ma mère s’est toujours occupée seule de mes sœurs et moi, même s’il arrive bien des fois qu’elle reçoive un soutien de la part d’oncle Karim, le frère cadet de mon père qui vit au Canada. Ce ne fut pas tous les jours évident mais, elle a toujours veillé à notre bien-être. Elle a toujours été là quand on avait besoin d’elle. Je l’admire profondément pour avoir toujours si bien pris soin de nous. C’est une femme tellement courageuse ! Ce qui me chagrine cependant, c’est qu’elle soit restée seule toutes ces années. Bien qu’elle fût encore toute jeune au décès de mon père, elle n’a jamais refait sa vie depuis. J’aimerais tant qu’elle rencontre quelqu’un… mais, je ne crois pas que cela fasse partie de ses projets.

          Quand elle eut achevé cette dernière phrase, elle se redressa avant de déclarer :

          – Oh, excuse-moi Roldan, on se connaît à peine et voilà que j’en suis déjà à t’ennuyer avec mes histoires !

          – Non, tu ne m’ennuyais absolument pas. C’est avec plaisir que j’étais là à t’écouter.

          – C’est gentil ! C’est juste que les voir tout à l’heure a fait surgir en moi toutes ces choses qui étaient enfouies. C’est la première fois que je parle de tout ça aussi ouvertement à quelqu’un. Je ne sais pas mais je me suis sentie en confiance avec toi, j’ai tout déballé et je dois dire que cela m’a fait un grand bien, me confia t-elle la mine réjouie.

          Je ne dis rien, je me contentai juste de lui rendre son sourire.

          Pris par notre conversation, nous n’avions même pas remarqué que le ciel s’assombrissait dangereusement, que de gros nuages gris s’avançaient silencieusement et que le parc se vidait résolument de son monde. Tout portait à croire qu’Abidjan se préparait manifestement à prendre encore une douche.

          – Je crois que nous ferions bien de rentrer si nous ne tenons pas à être victimes des caprices météorologiques du mois de juin.

          Elle jeta un coup d’œil au ciel puis dit :

          – C’est clair qu’il faut qu’on s’en aille.

          – Je te raccompagne si tu permets.

          – Bien sûr !

          Le chemin du retour se fit un peu à la hâte. Nous fûmes en à peine vingt minutes devant sa porte.

          – Nous y voilà, m’écriai-je.

          – Oui ! Merci de m’avoir raccompagnée.

          – Il n’y a pas de quoi! Salue tes sœurs de ma part.

          – Je n’y manquerai pas. Bye !

          – Bye ! Au fait, m’écriai-je soudainement alors qu’elle rentrait, ça te dirait qu’on aille au cinéma demain ? Il y a L’âge de glace 3 à l’affiche.

          Elle sembla hésiter un instant mais dit :

          – Je veux bien !

          – Très bien ! fis-je satisfait. Je passerai te chercher à dix-sept heures. Ça te va ?

          – Oui, ça me va.

          – Dans ce cas, à demain. Salut !

          – Salut Roldan !

Publié dans:Mon Best-seller ! |on 23 juillet, 2011 |4 Commentaires »

Au détour de l’amour (chapitre 3: Au ciné !)


La porte

          Vous connaissez sans doute cette sensation d’impatience extrême où vous êtes si excités à l’idée de faire une chose ou de vous rendre quelque part, que chaque seconde qui passe vous parait une éternité ; et vous n’avez qu’une envie, inventer sur le champ la machine à accélérer le temps ! Eh bien, c’est exactement ce que je ressentais depuis mon réveil ce matin. Rien d’étonnant donc au fait qu’il était dix-sept heures pile à ma montre quand je sonnai à la porte de Roxy.

          Toute la journée, ma tête fut pleine des images de la veille, des moments qu’on avait passés ensemble à  La randonnée – moments que j’avais appréciés. J’avais aussi pas mal pensé à tout ce qu’elle m’avait raconté sur elle. Elle m’avait fait confiance en m’ouvrant son cœur pour me faire part de ses peines et je fus heureux qu’elle en fût soulagée. Elle semblait avoir eu une enfance assez difficile, privée si jeune de son père. J’avais pu ressentir sa peine dans chacun des mots qu’elle avait prononcés et cela m’avait bouleversé. Pour quelqu’un qui, comme moi, a toujours vécu entouré de l’affection indéfectible d’un père et d’une mère, c’est évident que ce serait bien difficile de s’imaginer grandir, privé de l’un des deux. C’est clair que l’idéal pour un enfant, c’est de grandir et s’épanouir auprès de ses deux parents (mais certainement pas deux parents de même sexe). Mes parents ont tous les deux tellement fait pour moi. En toute franchise, je ne crois pas que j’aurais pu être la personne que je suis maintenant si je n’avais eu à mes côtés, pour me soutenir et me ramener sur le droit chemin, chaque fois qu’il le fallait, mon père et ma mère. Trop souvent, l’on ne se rend pas compte de cet inestimable cadeau que la vie nous fait en nous permettant de les avoir tous les deux près de soi. Ou alors, c’est triste, mais on l’oublie parfois.

          Les trois sœurs étaient réunies dans le salon. En les regardant, je ne pus m’empêcher de sourire intérieurement, fasciné par le charmant tableau qu’elles formaient. J’aurais tant aimé que vous fussiez là pour voir ce spectacle puisqu’en toute franchise, il me serait fort difficile de vous le décrire. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’elles étaient toutes vraiment jolies. Et ne me demandez surtout pas de vous dire qui est la plus belle des trois, je risquerais de ne pas être objectif. Quoique, il me semble que ce soit bien elle…

          – Alors, on y va ? demandai-je à Roxy qui semblait prête.

          – Oui, allons-y !

          – Au revoir Dikha, Laetitia.

          – Au revoir ! répondirent-elles en chœur.

          – Amusez-vous bien. ajouta joyeusement Dikha.

*

L'age de glace 3

          Le ciné où nous nous étions rendus avait pour particularité de ne diffuser le dimanche que des films d’animation. C’était ici que tous les mordus des alentours, de ce genre cinématographique, se retrouvaient pour assouvir tant soit peu leur faim. Et faut dire que les abidjanais en proie à cette faim, ne se comptaient pas que sur le bout des doigts. Il n’était pas rare que l’on put me trouver parmi eux. Mon engouement pour les films d’animation s’était certes largement effrité depuis l’aube de mon adolescence, mais ne m’avait pour autant pas complètement lâché. On pouvait donc encore me qualifier à juste titre d’amateur de la chose. Puisque Lou en raffolait, c’était avec elle que je me rendais ici la plupart du temps. Mais le problème avec Lou, c’était qu’elle les aimait tous, les films d’animation. C’est ainsi qu’elle avait beaucoup insisté une fois pour que je l’accompagne voir un film qu’elle avait regardé un millier de fois auparavant et qu’elle disait très intéressant. On est donc allé le voir ce film et, je peux vous garantir que jamais je ne m’étais autant ennuyé dans une salle de ciné.

          Mais là, ce soir, j’étais loin de m’ennuyer. J’avais beau vu ce troisième volet de L’âge de glace, je le trouvais toujours aussi marrant. Je le trouvais même plus marrant que les deux premiers et le tout dernier volet. Manny, Diégo et Ellie ainsi que leurs délirants compagnons – sans bien sûr oublier l’indécrottable Scrat – nous faisaient passer un très agréable moment à travers leur périple plutôt mouvementé dans un mystérieux monde souterrain où vivent encore des dinosaures, dans le but de sauver Sid.

          Roxy fut hilare tout au long du film. C’était un véritable délice de la voir dans cet état. Avant ce soir, jamais je ne m’étais imaginé à quel point cela pouvait être fort agréable et captivant de voir quelqu’un rire. J’aurais très bien pu la regarder ainsi des heures encore mais le film lui, avait fini par s’achever. Et il fallait à mon grand regret qu’on rentre.

          Tout comme la veille, je raccompagnai Roxy jusqu’à sa porte.

          – J’ai passé une soirée vraiment agréable. m’annonça-t-elle visiblement satisfaite.

          – Moi aussi. Dans ce cas, il faudra absolument qu’on remette cela.

          – Je suis carrément d’accord avec toi.

          Je jetai un coup d’œil à ma montre.

          – Je dois m’en aller. Lou doit sûrement être en train de m’attendre pour dîner. Mes parents sont partis en voyage et il se trouve qu’elle a horreur de manger seule.

          – Cela nous fait donc un point en commun, ça ne m’enchante pas trop non plus de devoir prendre un repas toute seule.

          – Alors, bonsoir ! dis-je en l’embrassant sur la joue.

          – Bonsoir Roldan !

          Tout comme la veille, j’avais raccompagné Roxy jusqu’à sa porte. Mais pas comme la veille, j’eus aujourd’hui le courage de lui faire la bise ; ce geste si simple mais qui m’avait pourtant paru hier si complexe à exécuter.

*

Le jardin.jpg

          Les jours, les semaines se succédaient. Le mois de juillet se déroulait exactement comme celui de juin s’était achevé. On se voyait fréquemment Roxy et moi ; on se rendait régulièrement visite et on sortait de temps à autre. Chacun des moments passés ensemble constituait toujours une occasion pour l’un d’en apprendre un peu plus sur l’autre. On devenait ainsi de plus en plus proche tous les deux et nos conversations, elles, devenaient de plus en plus intimes. Roxy me parlait de ses soucis, ses rêves et bien souvent aussi, de sa relation avec Dieu, en qui elle croyait fermement et profondément. Elle semblait entretenir avec lui une relation tellement intime, tellement unique, que j’avoue avoir bien du mal à comprendre. Je crois cependant que de toutes les choses que j’avais pu apprendre à son sujet, le fait qu’elle n’avait pas de petit ami était de celles qui m’avaient le plus réjoui.

          On était le dernier jeudi du mois de juillet. J’avais prévu passer toute la journée à réviser les nombreuses partitions que Madame Kadjo m’avait données pour exercice. Je comptais toutes les maîtriser parfaitement et ainsi être plus que prêt pour notre rendez-vous de ce samedi.

          En parlant de madame Kadjo, j’avais pour habitude de dire ma prof de guitare, mais il serait sans doute plus approprié que je dise plutôt ma prof de musique, vu que c’était plus généralement des cours de musique que je prenais auprès d’elle. Si de façon particulière Flora et moi apprenions la guitare, pour les autres, c’était le piano, le violon, du trombone… ensemble, on formait une sorte de groupe. Madame Kadjo était une véritable musicienne-née ; elle maîtrisait parfaitement plusieurs instruments. Et elle était une excellente professeure, aussi patiente que rigoureuse. Elle exigeait toujours de chacun de ses sept élèves le meilleur. Mais elle exigeait de moi bien plus que de n’importe lequel d’entre nous. Elle trouvait que j’étais naturellement doué mais estimait en revanche que je n’exploitais qu’environ 60% de mon véritable potentiel. Alors les 40% restant, elle les réclamait constamment.

          D’ordinaire, c’est dans le cadre accueillant du jardin de la maison que je me retrouvais pour travailler et pour me détendre aussi. Le jardin était sans contexte le plus bel endroit de la maison. Les diverses variétés de fleur, les unes plus belles et plus colorées que les autres, en occupaient la majeure partie au travers de figures géométriques simples mais savamment pensées. Aux fleurs, se joignaient bien volontiers les gardénias et autres arbustes si élégamment taillés (seul le tulipier du Gabon avait le droit de s’exprimer à sa guise), pour faire du jardin ce régal pour les yeux, ce havre pour l’esprit, qu’il était. Il serait cependant quelque peu réducteur et certainement injuste de résumer la beauté du jardin à la seule présence des fleurs et des arbustes. Son charme, il le devait aussi à sa faune. Aux oiseaux dont les chants et bruissements commençaient dès avant le lever du soleil et se poursuivaient jusqu’à son coucher ; aux incessants ballets des papillons colorés, abeilles et autres insectes ; aux concerts nocturnes des grillons… Il le devait même aussi à Nola qui ne se lassait jamais de courir après tout ce qui pouvait bouger ci et là. Et il y avait aussi les odeurs : la senteur des fleurs bien évidemment, mais aussi l’odeur beaucoup moins glamour du terreau (ma mère n’était pas du tout de cet avis, pour elle, le terreau avait une odeur acceptable) et d’autres encore.

          Vous savez, il n’y avait rien de vraiment surprenant à la magnificence du jardin, au regard de l’activité professionnelle de celle qui s’en occupait. Ma mère était horticultrice… pardon, floricultrice-paysagiste, comme elle tenait toujours à ce qu’on précise. Elle faisait partie de ces personnes qui ont réussi à faire de leur passion un métier, et qui en vivaient bien. Elle disait toujours que son travail était une véritable bénédiction du Ciel car, pour employer ses propres termes : « Je m’éclate et je suis payée pour cela en plus ! » Le jardin lui servait donc de premier cadre de travail et aussi de lieu d’expérimentation. Il suffisait juste de le voir pour comprendre aisément pourquoi ses services étaient si sollicités, tant par les communes de la ville que par des particuliers.

          Depuis plus d’une heure, j’étais assis au pied du tulipier comme d’habitude, occupé à réviser chacune des partitions, quand je reçu une légère tape sur l’épaule.

          – Ah, c’est toi Roxy ! dis-je d’un air détaché m’étant retourné.

          – Oui, ce n’est que moi ! Pourquoi, t’attends quelqu’un ?

          – Non, personne !

          – J’en ai eu l’impression. C’est Lou qui m’a dit que je te trouverais ici ou du moins, qui me l’a suggéré. Quand je lui ai demandé si tu étais là, elle m’a répondu que oui et que t’étais là où je t’avais trouvé la dernière fois que j’étais venue et la fois avant cette fois d’ailleurs. Elle a même ajouté qu’il y avait de fortes chances que je t’y retrouve la prochaine fois que je viendrai. T’es très souvent ici on dirait.

          Je souris. Il semblait parfois que Lou ne sache s’exprimer que de façon très atypique. A ce propos d’ailleurs, il fallait savoir qu’elle ne disait pratiquement jamais « je ». Un jour, elle est rentrée de l’école et nous a annoncé que, par principe, elle renonçait désormais, autant que possible en tout cas, à employer ce pronom. Elle nous a juste donné pour explication qu’il y avait quelque chose de prétentieux et d’égoïste à dire « je ». On n’a pas beaucoup fait attention à ces paroles ce jour-là parce que des principes (des délires, je suis un peu tenté de dire), elle en avait bien souvent à ses retours d’école. Mais depuis lors, elle y veillait tellement qu’elle a fini par faire de sa décision une habitude.

          – C’est un peu mon sanctuaire ici. J’y suis beaucoup plus concentré pour travailler que n’importe où dans la maison, lui confiai-je.

          – Quoi de plus normal que tu le sois ici plus qu’ailleurs ! dit-elle en promenant un regard contemplatif dans le jardin. Il est trop magnifique ce jardin ! Et ces fleurs là-bas, elles sont si belles !

          Elle s’en approcha, se pencha pour en humer le parfum.

          – Hum, comme elles sentent bon !

          – Je trouve aussi. Ce sont des freesias, les fleurs préférées de ma mère. Elles sont originaires d’Afrique du Sud. Ma mère les adore parce qu’elles sont belles, très odorantes et pour leurs couleurs variées. Si tu la voyais en prendre soin !

          Roxy n’avait manifestement rien dû entendre de tout ce que je venais de dire tant elle était plongée dans l’admiration des freesias. Au bout d’un certain moment, elle détacha ses yeux des jolies fleurs du jardin et virevolta vers moi, semblant s’être soudain rendu compte de quelque chose.

          – Dis-moi Roldan, tu m’avais bien promis l’autre fois que tu me jouerais quelque chose si je ne m’abuse ?

          – Vraiment ? fis-je circonspect.

          – Roldan !

          – Oui, c’est vrai. Je voulais juste t’embêter, dus-je reconnaître devant sa mine faussement dépitée. Alors, qu’aimerais-tu que je te joue ?

          – J’aimerais que tu me joues… euh… je ne sais pas trop. Je préfère te laisser me surprendre, dit-elle finalement.

          – Ok. Comme voudra madame !

          Je n’eus pas à réfléchir longtemps à ce que je pouvais bien lui jouer car une chanson s’était automatiquement imposée à mon esprit : You and me des Lifehouse. C’était là, une chanson que j’aimais bien.

          Quand j’eus fini de l’interpréter, elle s’écria aussitôt :

          – Mon Dieu ! J’étais loin alors là, très loin de m’imaginer que tu jouais et surtout que tu chantais aussi remarquablement bien !

          – Oh, tu exagères sûrement ! dis-je foncièrement touché.

          – Non, absolument pas ! Je ne dis pas ça juste histoire de te faire plaisir. Si je te le dis, c’est parce que je le pense sincèrement. C’était vraiment prodigieux, tu es véritablement doué. J’en suis encore toute retournée et…

          Roxy continuait de parler. Mais moi de mon côté, je ne percevais plus rien du flot de paroles qui continuaient de sortir de sa bouche. Elle était si jolie ! Et là, sans réfléchir, dans un état véritablement second, je fis l’impensable, une chose que je n’avais encore jamais faite de toute ma vie : je l’embrassai !

          Cet inopiné baiser dura cinq secondes. Pas plus, j’en suis sûr. Je me tenais en face d’elle, à la fois heureux et inquiet de ce que je venais de faire. Et là, contre toute attente, je vis des larmes couler le long de ses joues.

          – Mais… tu pleures ?!

          – Faut que je m’en aille, bafouilla-t-elle la voix légèrement enrouée.

          – Comment ça, faut que tu t’en ailles ?! Tu viens à peine d’arriver, ne trouvai-je qu’à dire, frappé de stupeur.

          Mais Roxy s’en allait déjà en courant, me plantant là, pris de court par la tournure des évènements.

 

Publié dans:Mon Best-seller ! |on 23 juillet, 2011 |2 Commentaires »

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Protégé : Au détour de l’amour (chapitre 10 : Don’t worry, be happy !)

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